
Diviser, diviser et encore diviser.
En haut, le ciel ; en bas, la terre ; et l’horizon comme ligne de partage des espaces – aucun mélange. Sur cette ligne de division, cheminent les Rois mages, trois personnages qui relèvent moins des Ecritures que de l’écriture. Sur ce fil tendu, le chant des oiseaux, quand il n’est pas le pépiement de l’étourneau, mais le verbe des hommes – autrement dit, une diablerie. Toujours le gazouillis appliqué aux hommes est l’affaire du Diable, le plus grand commun diviseur.
Parler, diviser et encore diviser.
Ne pas prendre les mots pour les choses. Tous les miroirs sont à briser, tout de suite. Mais croire au langage sur parole. Ce qui signifie : ne pas aller au-delà, s’en tenir à sa lettre, comme s’il s’agissait d’un mur de pierres. Et y croire pour le monde, réel parce que vécu, lieu de solitude et d’amitié, qu’il interpose entre celui, extérieur, d’où l’on vient, entre deux religions révélées ou deux storytellings, et celui, intérieur, où l’on meurt, entre deux organes, deux organes qui rêvent.
Parler, parler et encore diviser.
Les mages d’Orient n’auront eu en partage que quelques paroles échangées et leur amitié (conversation et affection dont le texte biblique ne nous dit rien). L’amitié également diviseuse et non pas fusionnelle, sans ça comment chacun de nos trois bonshommes pourrait prendre soin de l’autre, ainsi que chaque instant le montre, et jamais mieux que la fin, sur le chemin concassé qui s’annuite, les pins inclinés formant buisson.
Jacques Sicard
Entrevue avec Albert Serra sur Le chant des oiseaux
* Crédit photographique : Albert Serra