Une catastrophe de Jean-Luc Godard

 

 

 

Godard

 

Ecrit blanc sur noir : Une catastrophe/c’est la première/strophe d’un poème/d’amour.

A rapprocher de : La beauté est le commencement de la terreur que nous sommes capables de supporter (Prénom Carmen). Godard modifiant sensiblement une phrase qui ouvre la première élégie de Duino, de Rilke : La beauté commence comme la terreur/à peine supportable…/quel que soit l’ange, il est terrible.

En matière de langage (donc de monde, puisque « le monde dépend de notre façon de l’énoncer »), il y a la compétence et la connaissance. La compétence est la maîtrise des règles et des codes, c’est l’éducation (et son sous-produit d’organisation humaine) ; la connaissance est la manière de s’en servir, ce qu’on en fait, c’est la littérature (le franc-tireur cinéma, l’art, en général ; le socialisme, la guérilla).

L’amour appartient aux deux ordres. Il peut servir à la formation permanente, à la circulation des biens et des personnes, à la traduction intégrale de tout en tout, aux tubes d’espace-temps de la physique utilisés pour revenir avant d’être parti, au kitsch de l’oxymore ou à celui de la résurrection des corps.

Il peut se faire bonimenteur du mouvement perpétuel. Il peut, tout autrement, être flâneur entre Le goût de la fleur/fleuri – dont la perfection/dispense d’ajout et Le goût de la fleur/fanée – que le souvenir/n’animera pas. Entre le parfait et l’inanimé, entre l’achevé et la catastrophe – l’amour

Un objet froid chu/dans la tisane estivale :/grève générale

 

Jacques Sicard