Villon mourut en octobre, elle demanda la permission de s’en aller et fut emmenée doucement.
L’annonce de sa mort ne parut nulle part.
Ce jour ne fut ni triste, ni gris, ni vide.
Ce fut un jour d’errance, un jour d’automne, jaune et rouge.
Villon partit, elle déserta « l’En Haut ». Le va et vient qu’elle fit durant toute sa vie entre les étages de la maison familiale, cessa. Sa frêle silhouette disparut.
« L’En Haut » de Villon respire encore de toutes ces vies longues ou brèves. « L’En Haut » fut l’antichambre de la vraie vie, une parenthèse dans les tourments.
Les secrets se faufilèrent entre les tissus moirés, les confidences se murmurèrent pudiquement entre les draps blancs, dans les nuits striées par la lumière du réverbère arrivant entre les persiennes. Les intimités se frôlèrent…
Les placards de « l’En haut », regorgeaient de tissus, de vêtements, d’objets hétéroclites ; ils se prêtèrent à toutes les fouilles, à tous les rêves, à tous les déguisements, les audaces… La vie de « l’En Haut » fut futile et profonde à la fois.
A l'exception de quelques réserves de sucre en morceaux, de boîtes de pêches et asperges pasteurisées fades et délicieuses, on ne trouvait rien dans la cuisine de Villon. L’eau chaude sucrée fut la boisson favorite de « l’En haut ». Elle donna aux couchers le goût des bonheurs surannés.
Villon se faufila entre les vies, les reflets de toutes ces vies lui suffirent… Elle fut l’oreille des premiers émois, les yeux des premières larmes. Son regard resta tout au long de ces années clair et juvénile.
Elle se vêtit d’habits confectionnés dans des tissus chers et rares, et prit garde de ne jamais porter de rouge le 1er mai.
Villon ne vieillit pas, elle s’ouvrit puis se fana comme une modeste rose dont les pétales se froissent sans bruit.
Catherine Pollen