I. Au temple Wenshu, à Chengdu dans le Sichuan
La pensée se reflète dans l’eau souillée du bassin
Sombre, épaisse, immobile
Piquée de fleurs de lotus immaculés
II. Pluie d’été sur le mont Emei
Le monastère est plongé dans l’obscurité
La pluie frappe à la porte,
Mendiant en quête d’un gîte
III. Leçon de tai chi au parc Wang Cheng
C’est un vieillard à barbiche
Bambou lissé par les intempéries
Qui danse avec le vent
IV. Chambre d’hôtel à Luoyang
Chambre d’hôtel en ville
Par la fenêtre grande ouverte
S’invite le bleu du ciel
V. En pensant à Du Fu
Une vie d’errance et d’écriture
Tantôt la vaste terre
Tantôt l’infini de la page blanche
VI. De Chengdu à Xi’an par le train de nuit
Ce qui vrombit dans la nuit
Ce n’est pas le ventilateur grillagé
Mais mon cœur énamouré
VII. Rencontre autour d’une tasse de thé
Regard laqué tourné vers l’intérieur
Insondable comme le vert sombre
Du thé brûlant au fond de ma tasse
VIII. Au marché de nuit
Scarabées, scorpions, sauterelles
Armées défaites aux cuirasses percées
Festin pour les vainqueurs !
IX. L’atelier du calligraphe
Suspendues comme le linge familial
Les feuilles de papier de riz
S’agitent sous le vent du soir
X. Les brochettes du restaurant musulman
La fumée épaisse pique les yeux
Brochettes et bière ! Rires !
Corne de brume dans la nuit
XI. Course en taxi à Beijing
Le passage par la Périphérie
Est le plus court chemin vers le Centre
Nous enseigne un chauffeur hilare
XII. Les royaumes combattants
Pour unifier ce qui a été divisé
Il faut que le Souverain occupe le trône
Entre Silence et Vide
Juan Martinez