L’intérieur de l’ascenseur est quadrillé de lignes noires sur un revêtement en plastique blanc. Sur le côté vis-à-vis de la porte, un miroir est fixé, en dessous duquel est vissée une barre à laquelle on peut s’appuyer. Au sol, afin d’amortir le bruit, une moquette bordeaux a été collée. Dans l’angle, au sommet, un néon recouvert d’un plastique dur blanc laiteux. À la droite, une colonne de boutons numérotés de un à quatre. L’ascenseur monte jusqu’au cinquième, mais pour y accéder il est besoin d’une clé, sinon n’importe qui pourrait entrer. La porte s’ouvre sur le couloir de l’appartement.
Le pied quitte la moquette bordeaux pour se poser sur une moquette vert foncé striée de noir qui remonte sur les bords à la limite de la plinthe. Au mur, une tapisserie blanc cassé avec des motifs à l’allure végétale mais à la forme modelée sur le losange de la géométrie. Le couloir fait un mètre vingt de large, sept de long. Au bout, en direction du Chavalard, la porte des toilettes marque sa limite. Le cabinet comprend un lavabo au-dessus duquel a été fixé un miroir, la cuvette ainsi que le système d’alimentation et d’évacuation d’eau. Par terre repose un linoléum beige clair. La lunette et le couvercle sont en bois de cerisier assortis au cadre du miroir. L’espace rend l’odeur du tabac froid des Select King Size mêlée à celle citronnée de Canard WC. Dans le coin gauche, une pile de livres policiers SAS. En face, la brosse de nettoyage suspendu à son support, blanche, le tout en plastique.
De la porte d’entrée, cette fois, prendre à gauche, et, au lieu d’entrer dans le cabinet, prendre de nouveau à gauche. Un seuil en cuivre marque la frontière entre le couloir et le salon ; joint deux mondes hétérogènes, la mollesse des poils et la raideur des fibres du parquet. Quatre fenêtres, à l’autre bout, prennent l’espace entier du mur, dont une munie d’une poignée pour l’accès à la terrasse. Un voile de mousseline trouble le paysage à travers les vitres, confine l’espace du salon d’une atmosphère feutrée. Les murs latéraux s’habillent de moquette vert bouteille aux poils ras. En les brossant à contre sens, la couleur s’estompe ; par endroits et inadvertance, des traces de doigt et de coude s’y inscrivent.
Le canapé vert foncé en velours, le grand canapé à trois places, s’arrête juste avant la porte-fenêtre, masquant les autres de leur premier tiers. Devant, une table basse en bois, 70 cm de largeur, un mètre soixante de longueur, le pied carré dans chaque coin. Sous la table et s’étendant jusqu’aux fondations des canapés, s’étend, blanc cassé, moutonneux, le tapis, baillent à deux extrémités en courtes, raides tresses. Au premier plan, dos au morbier en merisier, style Louis-Philippe, à deux bras, larges et confortables, le fauteuil, assorti aux canapés face à la télévision.
La cheminée arrondit l’angle droit de la pièce, demi-tube crépi, grille de ventilation au sommet, illumine, croix de bûches qui siffle, le chapeau de ville en verre, l’abat-jour de l’ampoule du plafond. La télévision est posée, si on n’a pas peur d’une redondance, dans un meuble pour télévision. Ce meuble comprend trois étages, les deux petites portes du bas protègent le gramophone avec cassette et diffuseur radiophonique compris. Juste au-dessus, l’espace pour la Gründig, muni d’une plateforme coulissante afin de diriger l’appareil dans la direction la plus propre au regard. Le sommet laisse une place pour une vidéo, savamment dénichée dans l’ornementation du meuble, que l’on soulève jusqu’au clic retenant le toit en suspens. Il suffit ensuite de tirer deux vis pour redescendre le pan de bois et ainsi retrouver l’invisible de la mise en scène du meuble.
À l’oblique, un meuble à tout faire, d’un mètre de hauteur, deux portes, à l’intérieur le vide est séparé en deux par une planche. Ce lieu sert à ranger la boîte de biscuits en fer, le service à café, le service à thé, quelques assiettes spéciales. Deux tiroirs dans lesquels et dans le noir, les photos de famille, paperasses, modes d’emploi, stylos publicitaires, une montre d’homme à l’arrêt. Un grand miroir à la pointe arrondie trône, impeccable, sur le tout ; les fenêtres, un morceau du canapé, le voile de mousseline en reflet. Le téléphone gris clair, celui des années quatre-vingts posé vers l’angle de la commode. Son fil pend dans le vide.
Un passage mène du salon à la salle à manger. À l’hémistiche et contre le mur, au verso duquel les WC, il y a un aquarium. C’est un parallélépipède rectangle, d’un mètre de longueur, de soixante centimètres de largeur et de quatre-vingts centimètres de hauteur, remplis d’eau, évidemment. À l’intérieur, nagent quatre poissons rouges, une poignée de poissons pyjamas et un gros sombre, qui colle sa bouche aux vitres, le poisson nettoyeur. Une couche de gravier, un morceau de bois, des algues marquent le fond. Une pompe sert à oxygéner l’eau. Plus tard, l’aquarium sera remplacé par un piano d’étude noire, etc. Au centre de la pièce, une table à manger en merisier entourée de six chaises de même acabit. Derrière, le vaisselier assorti. A l’oriental, un tapis, entre le parquet et la table. Au mur adjacent à celui du vaisselier, est accroché un tableau représentant des fruits dans une coupe, avec un cadre en dorure. Pareille au salon, cette paroi est recouverte d’une moquette noire. En vis-à-vis, deux portes-fenêtres ouvrent sur la terrasse.
La cuisine se trouve sur la droite au bout du couloir. Elle ouvre sur la salle à manger. Sa porte n’est jamais fermée, elle bâille à la perpendiculaire d’un seuil cuivré. Le sol est revêtu d’un plastique blanc au contour bleu qui imite les carreaux de céramique. Le même revêtement est utilisé sur les murs. Cela donne un air italien ou provençal à la pièce. A la paroi qui fait face à l’entrée, au-dessus de l’évier en inox, mais il y reviendra, se découpe une fenêtre à deux battants. S’il est difficile, par sa hauteur, à admirer son paysage, elle sert surtout à l’aération. Quand s’ouvrent en même temps la porte-fenêtre du salon et cette fenêtre, c’est vrai courant d’air, et selon la direction du vent, l’odeur de la cuisine s’en va immédiatement, ou passe par le salon avant de disparaître par la terrasse. A droite de la porte, un placard long et étroit pour les balais et la brosse à récurer, mais aussi la balayette ; dans le fond, quelques produits de nettoyage. Contre le placard, est installé un frigo, dont sa porte reprend le bois de l’ensemble du mobilier, un contre-plaqué foncé. Le bloque de cuisine forme un L, dont la grande barre débute du frigo, et se termine sur le côté adjacent peu après le cadre de la fenêtre. D’abord, les quatre plaques en fonte dans un cadre en inox, de différentes grandeurs. Au-dessus, le système de ventilation avec lumière intégrée, dont le filtre est à changer suivant les conseils de l’installateur deux fois l’an. Un petit placard à sa droite où sont rangés les épices, le bouillon, la moutarde, les cornichons, la noix de muscade, le Fondor, la levure, la confiture. Au-dessous des plaques (dix ans plus tard, elles seront remplacées par le vitroceram), le four pour chauffer le gratin de pomme de terre, le poulet entier dans son plat, le gigot des invités, la pizza faite maison, la tarte aux fruits, le cake, les pommes au four.
A l’inverse, le couloir à contresens, sur la gauche, un linoléum beige avec des nervures, sur le sol, sur les murs, en entrant, fine, sur la droite, une armoire, qui ne jure pas, une porte sur ses gonds, à l’intérieur des étagères sur lesquelles, droits, posés, des produits, en tout genre, pour le corps une commode, une glace ovale, au bas l’odeur musquée des parfums, à terre, un tapis le long poil, rond, agréable, deux lavabos, côte à côte, en espace entre, raisonnable, les robinets en faux marbres, beige moucheté, au dessus, un miroir en arcade, en face, par rapport à l’entrée, une baignoire, vu sur sa longueur, au centre, un accès, une marche recouverte de linoléum beige avec des nervures,…
Jullien Maret