quelqu’un tambourine sur le zinc
les têtes sont posées sur les coudes
un paysage est assis là
des cernes gonflés
au gris flanelle
trois olives
petit métier
pour ma mère à qui je pense
la première d’elles
je marque une pause une encore
une autre parmi l’autre
la grande pause
« un ballon de Côtes s’il vous plaît »
depuis quand qu’elle dure la pause
ne sais pas bien
d’abord une grande nuit s’est abattue
verticale abrupte d’un coup
et quelque chose s’est arrêté
s’est assis là
a regardé
rien rien d’autre que d’autres
avec des blessures qui dorment ou ne dorment pas
ou qui se reposent
sont posés là à regarder solitaires
certains souvent
cigarettes
aspirer sa vie de nouveau tout
pour en tirer un regard possible qui sait
une autre olive pour le silence
névralgie des ritournelles
la radio radiateur à vacarme
serveuses
sourire de Justine
ou hargne de Marie-Louise
un enthousiaste entre
goguenard
vrai mégaphone humain
gros rire on connaît
normal c’est un habitué
connaît bien son auge celui-là
tout va bien
tant mieux de tant mieux morbleu !
quand on a vu c' qu’on a vu
et pas encore vraiment bu
à propos justement
« mademoiselle un autre ballon, s’il vous plaît »
jamais remplie la bosse
on la sent comme une poche vide qu’on traîne
sur le dos ou dans le ventre
comme le grand frein de l’usure
de l’amour vide et qui ensable
la riposte sera liquide et intérieure
l’œil est vague mais le cœur fouille
les minutes
miettes de calendrier
ne s’attrapent pas entre elles
ne se parlent pas
témoins muets des impatiences
elles regardent passer les verres
avec la candeur des colombes
dernière olive
dernière gorgée d’or
ne peux plus t’oublier nulle part
je bois du Côtes pour me gravir l’âme
je m’acquitte de mon bu
je rentre chez moi
tanière frugale
je m’étends je m’entends
j’ai des jappements de circonstance
et me dis
enfin je veux dire que je me parle
je noctambule
un petit cube aux champignons
et du vieux pain
c’est ma guirlande de Noël
mon p’tit lopin de nuit sans ailes
je fume une fleur encore un brin
l’heure est éteinte et passagère
l’âme redevient contemplative
la nuit m’attire dans sa salive
je n’ai pas su trouver ta main
on dit qu’ça ira mieux demain
on verra bien comment j’me lève
on ne verra rien
qu’un verre de vin et trois olives
petit métier pour grand chagrin
c’est pas malin comment je rêve
le jour enfin qui se repose
et moi j’attends
l’avènement la métamorphose
le nouvel an
n’importe quoi mais quelque chose
de rose… si j’ose
Elicio Delicado