Donald Barthelme

 

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la bibliographie complète de Donald Barthelme

 

Carré noir

Q : Pensez-vous que cette machine pourrait aider à changer le gouvernement ?
R : Changer le gouvernement ?
Q : Le rendre plus sensible aux besoins de la population ?
R : Je ne sais pas ce que c’est. Qu’est-ce qu’elle fait ?
Q : Regardez-là bien.

L’explication (The Explanation, Forty Stories, Putnam, 1987) 

 

 

Donald Barthelme, état des lieux

A l’heure qu’il est, publier une nouvelle de Donald Barthelme en français, c’est prendre des risques : les détenteurs des droits ne les cèdent qu’en multipacks, regroupées selon les recueils originaux (exigence aujourd’hui non pertinente, certains textes ayant perdu une bonne partie de leur intérêt), ce qui implique quantité d'€, de $ ou de £.

Or, l’œuvre de Barthelme n’est, à quelque chose près, pas disponible en français et le manque risque de durer si quelques textes au moins ne sont pas mis à la disposition des lecteurs francophones.

Des années 70 à la fin du siècle dernier, la short story (nouvelle, récit, texte bref, quel que soit le nom choisi) oriente décidément la littérature US. Raymond Carver, Robert Coover, Thomas Pynchon, Annie Proulx, Joyce Carol Oates, Russell Banks, David Foster Wallace (le plus jeune et déjà suicidé), William Gass, d’autres — et Donald Barthelme. Celui-ci est gratifié d’une surprenante quantité d’adjectifs : surréaliste, postmoderne, kafkaïen, beckettien, marxien, mélancolique irrémédiable, et autres.

Il serait arbitraire de dresser une chronologie du ton de Barthelme. Ce qui est sûr, c’est que durant ses dernières années, à travers notamment le personnage de Bishop, un désenchantement parfois ténébreux gagne ses textes. On est loin des parodies agrémentées de collages des premiers volumes.

Quant aux accointances de Don B aux USA., elles sont difficiles à tracer au vu de la diversité de l’œuvre. C’est peut-être Coover qui s’avère le plus proche de Don B., dans Pricksongs & Descants (Grove Press, 1969) notamment, par l’utilisation pervertie, éhontée, du conte et de l’historiette.

Les aspirateurs de Carver, l’entropie de Pynchon ou les mobile homes de Banks gravitent autour d’autres planètes narratives, exemptes de cette alchimie du doute versé goutte à goutte dans l’alambic de la dérision réaliste (cette accumulation de métaphores est regrettable mais il est difficile de l’éviter si l’on veut cerner Barthelme).

Barthelme a publié près de cent cinquante nouvelles. Difficile de faire un choix au vu de ce qui précède. La meilleure introduction à son œuvre est peut-être Flying to America, récit paru dans le volume du même nom en 2007. Du délire à la totale déréliction, on y traverse l’univers de Barthelme de part en part.

Un groupe de traduction lié à coaltar a décidé il y a deux ans d’entreprendre la (re) traduction d’une trentaine de nouvelles de Barthelme. Travail considérable qui mérite mieux que les enthousiasmes approximatifs et passagers des quelques éditeurs contactés : à l’heure qu’il est, chou blanc et ça énerve.

coaltar va donc publier — outre un dossier bibliographique complet — une série d’extraits de nouvelles de Barthelme, essayant de ménager le © et de satisfaire le lecteur.

Rappel : Donald Barthelme (1931 – 1989) est l’auteur de trois romans : Snow White, Atheneum, 1967 (traduit chez Gallimard en 1969 sous le titre Blanche-Neige) ; The Dead Father, Farrar & Straus, 1975 (traduit au Seuil en 1980 sous le titre Le père mort) ; Paradise, Putnam, 1986 ; The King, Harper, 1990 (traduit chez Denoël en 1992 sous le titre Le roi).

A l’exception de Le roi, aucun de ces romans n’est actuellement disponible en français, si ce n’est comme occasion sur certains sites spécialisés.

Mentionnons encore un texte illustré par Seymour Chwast, Sam’s Bar (Doubleday, 1987), The Slightly Irregular Fire Engine, histoire écrite pour les enfants et publiée par Farrar, Straus and Giroux en 1971, et Not-Knowing, une série d’entretiens avec Barthelme parue chez Random House en 1997.

Les nouvelles de Barthelme forment la partie la plus intéressante de son œuvre. Un certain nombre d’entre elles ont paru en français mais seules sont aujourd’hui disponibles (de temps en temps) celles qui figurent dans Voltiges, traduites par Isabelle Chedal et Maryelle Desvignes chez Denoël en 1990.

En octobre 2007, surprise. Shoemaker & Hoard publie Flying to America, présenté par Kim Herzinger : « On a dit que Barthelme a écrit Sixty Stories dans l’intention d’établir son canon. Forty Stories pourrait alors être vu comme la tentative d’élargir celui-ci. Flying to America : 45 More Stories (qui regroupe toutes les nouvelles qui ne figurent pas dans Sixty Stories et Forty Stories, ainsi que douze nouvelles jamais parues en recueil et trois nouvelles non encore publiées) est un ajout primordial — peut-être l’ajout primordial — au canon de l’œuvre de Barthelme. »

Herzinger exagère. En fait, la nouvelle qui donne son titre au recueil et Perpetua sont les seuls textes vraiment nouveaux pour les amateurs de Barthelme. Flying to America est un récit passionnant, hilarant, tout Barthelme, chronologiquement parlant, s’y retrouve, du loufoque au désespoir (‘Flying to America’ est le titre d’un film que tourne le narrateur, on imagine les acteurs, les décors, le financement, le montage, les doutes qui rongent la pellicule). C’est une longue nouvelle de vingt-cinq pages. Perpetua est un texte plus court qui engage l’héroïne de Flying to America, relation logique, pas trop arbitraire, les deux peuvent faire la paire sans trop forcer. Ils constituent en tout cas les seuls ajouts importants au « canon » de Donald Barthelme.

La bibliographie complète des œuvres de Barthelme (originaux et traductions françaises) sera publiée dans le prochain numéro de coaltar, accompagnée d’extraits de celles-ci.

Pour en savoir plus sur Don B. : jessamyn

 

Jean-Jacques Bonvin & Marina Salzmann