1. Le décor
De préférence une petite ville qui tient à promouvoir son image ou une grande qui souhaite maintenir sa réputation. Le moyen : réunir le plus possible d’écrivains, de poètes, d’artistes, pour faire nombre, afin que la presse en parle. Les choisir de préférence parmi ceux dont la presse parle.
2. Les participants
Ils arrivent un à un ou par paquets selon l’horaire des avions, trains, bus, sont présentés les uns aux autres. On leur épingle un badge avec leur nom. Les mains se tendent, les visages se penchent pour lire. Certains qui pensent être connus urbi et orbi ne mettent pas leur badge. Leur réputation ne saurait se réduire à un morceau de carton dans une fourre en plastique. Ceux qui ne se connaissent pas parlent de ceux qu’ils connaissent jusqu’à ce qu’ils trouvent un nom commun qu’ils ont rencontré dans un autre festival. La phase d’approche achevée, ils parlent d’eux-mêmes.
Apparaissent des figures récurrentes : le raseur qui, à chaque fois qu’il demande si cette chaise est libre, s’entend répondre que non ; le prospecteur reniflant qui a le pouvoir de l’inviter à un prochain festival, le publier dans sa revue, l’introduire dans sa maison d’édition ; l’omniscient qui connaît tout et tous, toujours une anecdote, une référence sous la main ; la séductrice qui rit quand il faut, repère la faille, l’élargit, pas trop, montre qu’elle pourrait, d’un coup de dents ; celui qui est venu avec « sa jeune épouse ».
3. L’ouverture du festival
Cela commence avec le discours d’une instance politique devant les photographes et les cameramen, suit l’organisateur en chef escorté de ses seconds. Puis les participants sont lâchés dans la ville afin que passe partout le souffle de la création.
4. Les performers
On ne conçoit plus de festival digne de ce nom sans eux. Ils ne se mélangent pas aux écrivains. Eux ne lisent pas, n’écrivent pas. Ils mettent en scène la parole, font de leur corps un acte poétique. Cela tient parfois du cirque Barnum ou du film Freaks dans lequel avaient tourné l’homme-tronc, la femme-à-barbe, les sœurs siamoises.
5. La grande parade
De préférence de nuit. Sur une place. Eviter la gratuité qui déprécie toute manifestation. Les écrivains lisent, les performers performent. Si le festival est international, chacun lit dans sa langue, puis est lue une traduction. Le but : faire durer jusqu’à ce que la place soit vide.
Claude Darbellay