Course n° 1

507-Bella Vistanza; 334-Rocadadour; 876-Poil de reine;
125-Al Rigotto;
691-Vigane de la Bigne; 197-Mélo; 354-Dunoise du débord; 674-Derzou Sparadise;
228-Piccolatchine; 231-Arrounda Derzio; 842-Dadi Radadinople.
ET QUE LE PLUS VITE GAGNE !…
Historique, règles, aménagements, tuyaux :
Les petits chevaux de Tatafina ressemblent à tous les petits chevaux du monde,à ceci près qu’ils sont ceux de Tatafina, et donc plus grands que les autres poneys.
Car Tatafina n’est pas n’importe qui, mais quelqu’un. S’il avait été n’importe qui,
vous ou moi par exemple, il se serait fait connaître sous votre nom ou le mien mais
certainement pas sous le nom de Tatafina. (Quand on a la chance d’avoir un nom
propre, quel intérêt a-t-on à se faire appeler Tatafina, ou autrement ? Pour jouerà usurper une quelconque altérité ? C’est puéril.) Tatafina le Grand, le Magnifique,
le Tambour Battant, le Flambant Neuf; il n’y en a pas deux comme lui. Attention :
il a quantité d’autres surnoms, mais il est bel et bien une seule et même personne.
Ceux qui ont cru longtemps (ou croient encore) que Tatafina était un toponyme,
un arrière-pays ou un lieu-dit, se sont trompés; ils ont perdu : l’enfance justement;
l’insouciance, la cavalcade, le J’irai comme un cheval fou… Ces naïfs affranchis
deviennent souvent d’excellents joueurs, conscients des limites et lenteurs du jeu,
et ils sont mieux que les tocards préparés à perdre avec panache. Tatafina le Tout-
Dire, de lui on sait seulement que ses petits chevaux ne sont pas si petits que ça.
Course n° 2

331-Ricochet Boris; 887-Belle rebelle; 650-Callopin d’Urzac;
118-Démone de minuit;
106-Marquise de Lille; 352-Pétronino;
149-Comme d’habitude; 792-Estanza;
772-Jovial de Bricourt;
630-Béni nouveau; 257-Tiers de Tertullien.
ET QUE LE PLUS VITE GAGNE !…
Historique, règles, aménagements, tuyaux :
Tatafina serait né (dit-on) il y a environ six mille ans, en Ailleursie orientale. Où est
l’Ailleursie ? Un peu loin, disent les cartographes en hochant la tête. L’indication
est vague, mais a-t-on le projet d’une virée là-bas, ou d’un pèlerinage ? L’homme
aurait survécu jusqu’à ce jour grâce à son exceptionnel instinct de survie. Durant
ces années, il aurait exercé principalement le métier de tenancier et accessoirement
les professions plus diverses de prophète, diplomate, gardien de musée, coiffeur de
dames. Dans ce dernier emploi (selon la légende), il aurait excellé au point d’avoir
coiffé sur le poteau celle qui allait devenir son épouse : Rita Léonia de Manza de
la Riretta de Mamazonia, ardente espagnole aux longs cheveux noirs disposés en
crinière. La Rita n’eut jamais de réels dons érotiques, prétendent ses détracteurs
(et une flopée d’italiennes jalouses). En tout cas elle sut inspirer à Tatafina le jeu
des petits chevaux en lui disant invariablement, chaque soir, à l’heure de l’ouvre-feu : Mon ami, vous êtes plus beau qu’un cheval, mais courrez-vous aussi vite ? On sait de quels exploits le mâle ordinaire devient capable quand il est éperonné avec amour. On sait aussi qu’entre deux excès, il aspire au délassement, aux jeux.
Course n° 3

551-Samplo ricoloso; 282-Couleur d’avance; 662-Mont d’Herbier; 304-Fine gance;
522-Guy Dapoli néro; 625-Perpétuel junior;
383-Bovillard de Babel;
202-Mamelucka;
757-Par dessus les moulins; 149-Vino vinagra.
ET QUE LE PLUS VITE GAGNE !…
Historique, règles, aménagements, tuyaux :
Au temps de sa longue jeunesse et de ses amours à l’espagnole, Tatafina inventa
d’innombrables jeux, mais seul les petits chevaux (son chef d’œuvre donc) nous
est parvenu. On pense que la plupart de ses inventions ont été détruites dans des
incendies, naufrages, razzias, etc., et que celles qui échappèrent aux désastres ont été attribuées à tort à de moindres auteurs. Ainsi, le bombU, la boulette sino-russe,
le vépiX AGN, le CraberS, le smoLO-poLY, et tant d’autres jeux immortels, sont-ils
vraisemblablement sortis de l’imagination de Tatafina (on y reconnaît sa manière,
son humour), et non de la tête pleine d’os des cuistres-chiens de la Françoise des
jeux; des voleurs ceux-là, plagiaires, salipoteurs de père en fils depuis le big bang.
Il faudrait un jour rendre à Tatafina ce qui lui appartient. Il faudrait, certes… mais
si l’intéressé lui-même se moque bien de réclamer ses paternités et faire valoir ses
droits sur ses jeux toujours en exploitation, il serait téméraire d’entreprendre à sa
place une vertueuse entreprise de restitution. On serait amené à déranger de très
puissants intérêts, à salir de belles réputations, à ruiner les prodigieux profits des
profiteurs. C’est là un projet qui n’offre que de minces garanties de rester en vie.
Course n° 4

762-Dive parisienne; 139-Pipe du Pape; 993-Bonus premier;
477-Belphégor Cooper;
890-Manifeste latent; 584-Rose déraisonnable; 267-Titan du foyer;
201-Clair de Marsy; 309-Raie joliette; 627-Régus Winche.
ET QUE LE PLUS VITE GAGNE !…
Historique, règles, aménagements, tuyaux :
Il y a plusieurs façons de jouer aux petits chevaux : bien, moyennement bien, mal,
très mal, affreusement mal. On peut aussi jouer très bien, mais c’est évidement plus
difficile. Pour jouer bien (simplement bien), il faut déjà savoir de quoi l’on parle, et
ce n’est pas toujours évident. Le monde-Tatafina est abscons : univers à plusieurs
courbes, à facettes multiples, aux langages troués. Et s’il ne s’agissait que de sauts
d’obstacles et de galopades effrénées… mais comment comprendre qu’un cheval
qui n’a pas quitté sa place puisse être déclaré gagnant ? Une course immobile, est-ce encore une course ? Oui, dit Tatafina (Tataf’ le Gyptien, le Coopte, le Lyonnais,
le Roumain, le Begum; toujours ces surnoms…). Mais, quoique dise le père du jeu,
il ne convainc pas le néophyte qui ne peut briser la logique enfantine : cheval qui
ne court pas ne joue pas, et ne pas jouer ce n’est pas du jeu. Le perdant perd, arc-bouté sur ses préjugés, puis, furieux, s’en va noircir autour de lui la poésie du jeu.
Il a bien vu que l’enchaînement rondade-glissade-ruade, suivi d’un ventre-à-terre
et du passage en tête sur la ligne d’écurie, n’apporte pas plus sûrement la victoire,
mais cela ne l’instruit pas. Le débutant manque de simplicité, et il a le cerveau lent.
Course n° 5

511-Baden Brock; 384-Tatounas di Tatounet; 394-Compostella;
506-Général Printemps;
758-Dorémineur; 333-Polichinelle Térréo; 293-Nonobstant; 712-Calco des Baux;
891-Manitobar; 350-Darda nièce; 159-Si je vous le disais.
ET QUE LE PLUS VITE GAGNE !…
Historique, règles, aménagements, tuyaux :
Pour jouer, il suffit de pousser le cheval; c’est même nécessaire. Cette vérité, il faut
la répéter des dizaines de fois au débutant. D’abord, il n’y croit pas. Pousser, c’est
bon pour les bœufs ! dit-il. Et il entrevoit des complications délirantes : le cheval a
un double-fond, il est miné, il va exploser, ruer, mordre, tuer. Le cheval fait peur, et
s’il est petit on le soupçonne d’une plus grande méchanceté. (L’animal, il n’a pas
toujours été domestique !) Cela étant, quand le débutant a vaincu ses préventions
et engagé la partie, il faut qu’il pousse : il n’y a pas d’autre moyen de jouer le jeu.
Ensuite, tout est affaire de malchance : la force du cheval qui vous échoit (étalon
ou bourrin); la nature du terrain (sec ou boueux); la qualité des adversaires (nains,
flèches ou culs-de-plomb). Si les conditions de l’échec sont réunies à l’ouverture,
la partie est perdue d’avance, inutile de pousser comme un malade. Il vaut mieux
prendre un air distant, s’éloigner des pistes, et revenir par la bande une autre fois.
Le but du jeu n’est pas de gagner (gagner quoi, la sortie ?). Nulle précipitation. Il
faut la nonchalance; au besoin attendre le revenir du printemps. Tatafina n’a pas
voulu la vulgarité de la vitesse. Il faut pousser lentement le cheval. Toute une vie.
Course n° 6

272-Zébronski; 837-Andy Dolcetto; 244-Pellard du Pellard;
423-Tétélogo Gramina;
362-Janniflère de Berse; 863-Granlotta;
224-Mininguettes Lose; 528-Septantiane;
374-Dessglin Derdudu;
318-Réal Aténor; 176-Bollène Zéro.
ET QUE LE PLUS VITE GAGNE !…
Historique, règles, aménagements, tuyaux :
Sans doute en raison de son grand âge (et de sa discrétion), Tatafina n’a plus paru
en public depuis plusieurs dizaines de décennies. Il a bien le droit de disparaître; il
se réserve. En revanche on voit son fils, on le voit même beaucoup. Depuis le long
temps qu’il a des fils, Tatafina en a eu des centaines, mille et trois dit-on, autant de
filles, et quatre cent vingt et un hermaphrodites. Quel abattage ! Le type même du
super-héros de la fonction génitale ! Tatafina le Régis, le copieux, l’intarissable, le
spermique ou Spermidor ! Ce dernier surnom de BD, pas volé ! Et le plus cocasse
est que tout ce beau monde s’appelle comme papa : Tatafina ! On se croirait chez
les Bobby Watson, mais des Bobby Watson qui n’entendraient rien à la cavalerie.
Revenons au fils Tatafina, à celui qu’on voit trop, qui a une grosse voiture rouge,
des dents en or, un vague accent traînant : lui, il est possible que d’aucuns l’aient
assez vu; c’est ce que disent les témoins. Et s’ils le disent… Pourquoi cet idiot-là s’affiche-t-il avec la fille des ABCG, Abattoirs et Boucheries Chevalines en Gros ?
Trop de publicité nuit, c’est connu. Il n’a tout de même pas l’intention d’épouser
cette… cette… Une mule ! Pourvu que Tatafina-père lui coupe les vivres, à ce fils.
Daniel Cabanis
Télécharger l'ensemble des Petits chevaux de Tatafina