Voyager comme l’on rendrait hommage. Voyager pour répondre à l’appel du monde avec curiosité. Pour céder à l’émerveillement. Il n’est jamais question en prenant la route que de cela : d’enthousiasme.
Il y eut par exemple l’étrangeté du désert blanc et la régularité du vent qui l’a sculpté. Le temps s’offrit de recevoir les étoiles et à l’aube étaient encore là ces dunes de calcaire aux formes abstraites ou animales, d’une dizaine de mètres de hauteur, qui scintillaient à certaines heures du jour. Avant d’accéder à ces formes fantastiques, il faut traverser une partie du Sahara et un désert dit noir, car son sable transpire du basalte avant d’arriver à cette plaine aux blanches concrétions du désert lybique, pareil à un paysage lunaire, à un Etna neigeux, situé comme son nom l’indique à la frontière de la Libye et à l’ouest de l’Egypte. Ce désert d’une aridité extrême est appelé d’ailleurs par les Egyptiens le désert de l’Ouest. Au retour, on retrouve des dunes de sable ocreuses, aux versants en croissant de lune, avant de rejoindre les oasis.
Voyager non pour se perdre, mais pour se démunir. Et toujours devoir faire de sa solitude une amie. Encourager la curiosité et la joie. Voyager en remerciant. Espérer le monde sans le posséder, comme l’on tendrait délicatement un hamac sans faire de bruit et regarder encore et encore.
Il m’apparaît que mes nombreux voyages n’en forment qu’un seul, unique, fait de piétinements, d’allers et retours, d’accélérations brusques suivies d’arrêts inexplicables et continuellement, de départs exaltés. Je ne peux en extraire un itinéraire défini, tant j’ai tourné en rond. Je m’étonne d’être repartie sans hésitation. Il faut poursuivre la route, car s’écorcher ne compte pas. Finalement, j’ai toujours trouvé plus que ce que je cherchais. Lieux et rencontres se sont multipliés, pas toujours bénéfiques, mais je ne crois pas aux mauvaises rencontres, seulement aux mauvaises fréquentations.
En voyage, quelquefois, apparaissent l’excès, les prises de risque et la force que j’en acquiers, la mesure de mes limites, rarement une impression d’isolement qu’un paysage ou un sourire suffit à consoler, l’oubli de moi et le silence de mon esprit : tout commentaire est enfin muselé et sont oubliés les stupides « c’est beau, c’est magnifique ». Moins amusant : les maladies et les demandes en mariage.
Il m’a fallu être au musée de Marrakech pour prendre connaissance de cette citation de Voltaire affichée à l’entrée : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé ». Cette phrase rayonne au cœur de la médina, malgré l’absence cruelle de toute référence précise. Qu’importe la destination, le monde se propose dans sa vastitude et sa diversité, pour chacun d’entre nous.
Souvent, il faut rentrer chez soi alors qu’il semble trop tôt, mais il est nécessaire de savoir passer son chemin. Ne résistons pas à l’appel de la Terre et évadons-nous encore par monts et par mots. Foulons la planète et ouvrons grand les yeux.
Gaiement attelons-nous à cette tâche. Yalla ! Yalla bina ! Allons-y ! Ensemble ! Le monde nous attend.
Martine Brandt