Depuis la route, souche noire couchée, ce flanc d’arbre, fruit rongé de la neige, etc. Or, pareil à son image, le seul sanglier jamais vu d’aussi près, ici dans l’angle mort du froid. Incomparable maintenant qu’il n’est plus mortel, si peu dissemblable, pour l’instant, que n’importe qui le reconnaît : déposé. Comme s’il était — ses congénères veufs de lui — leur stèle à tous.
La grâce du gel diffère encore l’absence de tout nom : l’épais gris des soies sans corruption visible, intacte aussi la tête grignotée par les yeux comme clos, juste à vif l’entaille du groin. Taxidermie partielle pour qu’il n’ait pas froid, dorme là où il est resté, attende lui aussi la résurrection de sa chair. Dors, sanglier, puisque tu es mort. Garde un peu, hors nécrose, ton état de fruit, demeure tant que tu peux ce tronc creusé de rouge sombre.
Quiconque à sa fin se tient comme lui : en travers, dépisté, aussi parfait. Trois sabots tendus, l’autre patte repliée en fin de course, dans l’épuisement animal, la paix de l’âme rude, inquiétée jusque-là. Pas plus loin n’aura-t-il gravi la pente à quoi il s’ajoute comme sa borne. Repose encore, sanglier, puisqu’il est trop tôt. Couvre-toi d’ici là de ton image, elle a cet usage en dernier lieu. Pour qu’on puisse s’y arrêter, la tenir pour ultime, et, lui disant adieu, le dire à toi.
Yvan Borin