Feriant omnes

 

 

Je me retourne dans ma tombe. J'entends des choses. Il y a du monde.

Il est temps d'inventer vite des lunettes permettant de voir comme voient les radiologues, les os, le squelette seulement, la prothèse étant couplée à des Kies pour l'audition. Ce qui donnera des rues où les gens seront vus au plus près d'eux-mêmes et dans du coton côté bruits de bouche. On rétorquera, parce que ça rétorque, c'est un droit de l'homme, que l'os n'est pas la fin du fin d'un parcours de visu perçant les corps. Il y a d'autres choses après, la moelle par exemple. Ce n'est pas sérieux. Sans os la moelle n'offre d'autre intérêt que culinaire et pourquoi compliquer les choses et vouloir toujours encore plus ?

Ce communisme de la déambulation, plus de gros, plus de maigres, plus de blancs, plus de noirs, plus d'hommes, plus de femmes, plus de riches, plus de pauvres, offrirait des journées plus radieuses que celles qui passent là right now. Le silence permettrait de ne plus ouïr mentir. Mentir à l'origine était culturel. Une perdrix ruse, elle ne ment pas. Un Magdalénien déjà ment. Et puis à force d'occuper la culture le mensonge est devenu une seconde nature, puis la seule, où en sommes-nous ?

Sur les os on verrait un peu de lumière poudreuse terne ou lunaire ou les deux alors que toute lumière a disparu, c'est confirmé. Les misérables crèvent sous un soleil de plomb parfois mais toute lumière a disparu. Qui a volé la lumière ? Le dernier qui est sorti ? Le premier qui est entré ? Inutile de recouler Prométhée dans le bronze téléologique, il ne connaît que le feu et ça commence à bien faire. C'est autre chose et pas très intéressant dans la mesure où ça se répète : à l'identique.

 

Jean-Jacques Bonvin