Blitz

 

Blitz  Blitz

Ces deux photographies sont connues, elles font partie des incontournables de la seconde guerre mondiale et ont été prises durant le Blitz de Londres en 1940. Mais elles sont connues comme n'en étant qu'une. L'auteur, anonyme, a en effet, a pris deux clichés au moins, très rapidement.

La première prise de vue montre un effet de contre-jour marqué. La deuxième semble indiquer une correction de l'effet non désiré, par un ajustement de posture tant de l'appareil que du photographe. Pour masquer le flux de lumière qui vient de l'arrière-plan de l'image, il se sert des croisements des poutres calcinées qui occupent dorénavant le centre de l'image. Ce recadrage permet à la lumière zénithale, sans cynisme aucun, de jouer pleinement son rôle de diffusion uniforme de la lumière sur l'ensemble du cliché. Le laps de temps entre les deux clichés semble court, mais les arguments manquent. Les trois personnages ont aussi changé de position d'un cliché à l'autre. Cela pourrait signifier qu'ils ne posent pas, comme c'était souvent le cas pour les photos de guerre, où la mise en scène de figurants alimentait le propos du photographe. Dans ce cas nous serions en présence d'instantanés pris sur le vif. Ainsi l'appareil ayant servi aux prises de vue doit être rapide et maniable, la technologie de l'époque le permettait.

La question qui peut se poser est celle de la mise en scène. On sait que le soldat soviétique plantant le drapeau rouge sur le Reichstag en 1945 est une mise en scène, ou plutôt une reprise, le soldat ayant été prié plusieurs heures plus tard de réitérer son geste pour qu'il soit immortalisé sur pellicule :

Reichstag

de même le drapeau US à Iwo Jima :

Iwo Jima 

ou la libération d'Auschwitz :

Auschwitz

... Even when something happens, you're waiting for it to happen (Don DeLillo, Point Omega).

Cyril Eyer