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Lars Von Trier
Melancholia

Melancholia

Présentant en couleurs saturées un échantillon de la tristesse humaine, les paysages que Lars Von Trier juxtapose dans onze tableaux en ouverture de son impressionnant Melancholia ne peuvent être considérés comme un exemple de paysage-monde. Ils n’expriment aucun caractère cosmogonique, aucune vision totalisante. Outre qu’aucun pont ne les relie, l’exiguïté potagère de leur champ, doublée de leur intensité pensive, n’invite au voyage ni au pèlerinage, exclue même la balade postprandiale. D’emblée, le regard du spectateur s’empêtre les lentilles dans une trame molle, une surface enlisante que nulle âme cachée ne meut et dont un ralenti à 2, 3 images/seconde augmente insidieusement la succion. Plumes rehaussées d’aquarelle, de vrais oiseaux tombent non sans paresse du ciel comme d’un arbre des pommes blettes ; un cheval bai, luisant de sueur, s’affaisse sur lui-même dans un lent mouvement décomposé où les parties de son corps paraissent s’emboîter les unes dans les autres, ne laissant visible qu’un œil exorbité – bain de sel où brûle l’image de notre pays de cocagne.

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La psychanalyse voit dans le mélancolique une sorte de mystique, dont le désintérêt pour ce qui est vient de ce que derrière la relativité manifeste de celui-ci, il devine un absolu latent, désiré mais inaccessible. Or c’est tout le contraire.

Ne pas oublier la vision plate que l’on prête non sans raison au mélancolique. Qui contredit un absolu défini comme totalité, perfection, volume et empire. Caractères dont la réalité, elle, semble bien être la mise en œuvre, à travers la perspective, la profondeur de champ, le relief, les trois dimensions usuelles, puis la multidimension théorique, croyance en la survie comprise.

De fait, pour le mélancolique, l’absolu ne se tient pas caché sous la relativité des apparences, il est ces apparences relatives – qui s’étagent à l’infini sous les yeux dès qu’ils s’ouvrent, où tout vide est banni et d’où nul ne sort, même de façon posthume.

Oui, le trou des jours plein jusqu’à la gueule. La suffocation, pas le manque. La mélancolie, la mélancolie du mélancolique sans mélancolie, c’est la haine du réel parce qu’il est l’absolu. Haine que seule pourrait apaiser la collision entre l’horizon engorgé de la Terre et une planète géante, moins que jamais errante – et bleue, ce sous-noir, ce noir aérien des anciens.

Jacques Sicard