1.
Elles pressent la joue contre la vitre
Les pieds freinent, instinctivement
Franchissent le seuil jusqu’à peine plus loin
A peine plus audible que
Elles dansent dans la cuisine
Et du plaisir d'être ensemble
Les deux femmes farfelues
Solitude éparpillée de leur corps
Jouissance unitaire dans la nuit qui recouvre
Transparence d’un grand matin blanc
Fenêtres closes, tes bras passés autour
Au-dessus de ma tête, le jour
Nous surplombe
Tout à coup je n'ai plus envie d'autre chose
Être nue dans le geste, touchée jusqu'à l’épine.
2.
Ça fait mousse et retombe en miettes
La lente inclinaison dans la nuit
Implicite densité des ongles
Les nuits incarnées à la surface
Mille fois dit qu’on garde le souvenir
Prise dans les bras de lumière, elle chantait
De la maison brillait les étoiles
Génération solaire, les gestes vides de sens
La porte fermée, vitre noire de fumée râpeuse
Elle danse dans la glace de ses dix-huit ans
Fait tomber les dernières couches de neige
Pétrifiée par l’amour, adoucie.
Désireuse peut-être d'autre chose
Du paradis des enfants
Et la lumière ruisselle sur la peau des enfants
La vie plus une minute, le début de la vie
Encore passé son chemin, le sourire s’ouvre
La fenêtre en creux.
3.
L'enfant franchit des seuils, les trappes fines
Il y a quelqu'un ?
A la recherche de quelqu’un
Du désespoir de la méthode
Une voix seulement reprise avec elle
Nobody’s there ?
Se rapproche, presque la touche
Frappe le son d’un gros doigt rond
Le garçon baisse les yeux
L'unité du secret qu'il préserve
Elle se lève, ses yeux de verre sous lui
De la dureté de la sève, unité
La traverse comme un gisant
S’enfonce au fond du lit
Cinq kilos de galets gris.
4.
Nobody’s there?
Frémissante rémanence empesée
Elle a posé le livre, le garçon est entré
La porte entrouverte, découpe droite
Le voilage se soulève au rythme du dehors
Garçon referme la porte.
Nobody’s there?
Découpe nette et tangible
Petit sourcil levé sur le monde
A mon retour, laisse place au secret
Comme il parle, s'ennuie de vous
Des lèvres passent le sens sous silence
Pour les traduire on ne saurait s’y prendre
De l'enfant qui cache sa bouche
Il n'y a pas de secret.
Marie de Quatrebarbes