Avril 2009

Dans ce numéro

Fernando Aguiar
Sept poèmes visuels

Alain Bagnoud
Ce lieu

Bernard Bourrit
L’Œil est une bouche impossible à assouvir : Jan Švankmajer

Martine Brandt
Ciels

Elicio Delicado
Trois olives avant la nuit

Marc Delouze
Sont toujours là les en-allés

Frédéric Deshusses
Grant Peine

Jérôme Meizoz
Tombée du jour

 

[…] Malgré l’absurdité, le vieil argument persiste. Chacun répète : la vigueur du commerce est l’origine du bien commun. Chacun se convainc qu’il n’est pas de bonheur social sans un commerce fort. Chacun accueille dans, sur, à côté de son logement une enseigne clignotante de supermarché. Chacun se transforme lui-même en bannière promotionnelle. Chacun chante ses slogans publicitaires favoris. Chacun hurle : Augmentons l’accroissement de la croissance ! Relançons la consommation et multiplions les consommateurs ! Et, faute d’avoir réfléchi au vieil argument : tout le monde crève la gueule ouverte…

Extrait de Grant Peine (Frédéric Deshusses)

 

Alexa Montani
Alexa Montani

 

Editorial

Reliquats d’une conversation

A coaltar, nous affectionnons les métaphores mécaniques : cambouis, moteur, soutes, salle des machines, navire… Nous voguons pour la sixième fois déjà, et l'on comprendra que je prenne le contre-pied du derviche de Candide, et que je me demande « si les souris qui sont dans le vaisseau sont à leur aise ou non ».
Du pont, on peine à deviner l’énorme travail réalisé à fond de cale avant d’appareiller ; c’est en revanche l’endroit privilégié pour mesurer la distance parcourue, et apercevoir le cap…
C’est là que nous devisions hier soir avec un ami qui, sans y participer, marque intérêt et sympathie à coaltar ; voici le « petit trousseau de questions » et de réflexions que nous avons agitées.
coaltar a désormais mis en place une structure, un instrument efficace et reconnu par un public non négligeable. Que le support choisi soit Internet, et non le livre, dépasse de loin à mes yeux la question pratique ou la prise en compte nécessaire de nouveaux modes de communication.
User d’Internet, c’est se placer modestement mais résolument, pour reprendre l’expression de Che Guevara, « dans le cerveau du monstre ». On connaît la faculté de la toile de lutter contre ceux qui l’asservissent à ce qui nous horripile : pour aller vite, la « pensée unique ».
Mais dès lors, et si nous considérons cet instrument comme un « contre-pouvoir » (pour reprendre un titre connu…), il faut nous interroger sur l’usage qui doit en être fait. Et puisque nous sommes dans le monde des réseaux, quel réseau coaltar met-elle en place ? Qu’est-ce qui unit les auteurs et les textes publiés, hormis une exigence de qualité et souvent une audace formelle ? Des connivences sans doute, des références communes (des « écrivains voyageurs », Malcolm Lowry, Yves Velan, par exemple, traversent en filigrane certains éditoriaux) ; cela constitue-t-il un projet, une « ligne » ?
Bien sûr il ne s’agit aucunement de mettre le texte au service d’une « cause » (aussi nécessaire soit-elle) ou d’une idéologie. Cependant, quels textes publier aujourd’hui, et pourquoi, voilà une question térébrante…
coaltar n’a peut-être pas pour mission d’y répondre explicitement ; elle ne cesse d’y répondre implicitement par chacun des textes qu’elle publie.
Et si nous en parlions ?

 

Pascal Antonietti