Depuis qu’Oussama Ben Laden est mort, les oiseaux chantent dans les bois, les couvreurs dansent sur les toits, les Américains swinguent des Te Deum à la lueur des cierges.
Depuis l’immersion d’Oussama Ben Laden, les croque-morts des Services Sous-marins de la CIA protègent son sépulcre glauque de la voracité poissonnière.
Depuis qu’Oussama Ben Laden est mort, le lion couve l’œuf de l’autruche, la chèvre nourrit de son lait le chou.
Dans les salles obscurantistes, les films passent à l’envers : les morts sortent de leur tombe, les couvercles des cercueils s’envolent, les couteaux rentrent dans leurs gaines et les assassins dans le droit chemin ; les bombes comme des anges regagnent à tire d’ailes leurs avions, l’humanité parle une seule langue dans la Tour de Babylone et les Tours jumelles repoussent à vue d’œil ; le Paradis reverdit entre le Tigre et l’Euphrate. L’arbre du Bien sans Mal produit des jus de fruits Del Monte, Adam et Eve chantent Peace and Love.
Ces merveilles, disent les prêcheurs inspirés, sont toutes naturelles, puisque Le Principe du Mal et son enveloppe inhumaine ont été précipités dans les abysses en avance sur le Jugement Dernier. L’exécution a remplacé un procès inutile, ennuyeux et coûteux : l’Histoire a jugé et remonte son cours. Le péché originel n’a pas été commis, Jahvé lui-même est délivré de son Ennemi et peut dormir sans souci la semaine entière. Qu’il repose en paix aux siècles des siècles ! Le Gendarme du Monde a pris la relève, omniscient, omnipotent, infaillible, juste et innocent.
En dehors du cinéma que se font une foule de croyants, bizarrement nous l’admettons, le message n’a pas été entendu. On n’y a vu aucun miracle, aucun des prodiges annonçant les événements qui remodèlent notre monde. Pas la plus modeste averse de crapauds.
Les commanditaires n’ont pas publié d’image du cadavre. Par respect humain, disent-ils. Et surtout pour observer à titre exceptionnel le Troisième Commandement des Tables de la Loi, qui interdit de faire des images, photographies comprises. L’industrie du faux doit s’en frotter les mains.
Depuis qu’Oussama Ben Laden n’est pas mort, parce que le nom du Mal est Légion, on comprend que rien n’ait changé, ni la misère des deux tiers du monde, ni l’injustice, ni la dissimulation des gouvernants, ni l’ignominie des puissants.
Que fera-t-on du corps de George B. Junior ?
Depuis qu’Oussama Ben Laden passe pour un mort, rien n’est plus simple, tout se complique.