Depuis qu’Oussama Ben Laden est mort, circulent à nouveau les quelques portraits qu’on a de lui. La photo la plus connue est sans doute celle où il est vêtu entièrement de blanc. On y voit son visage calme, son crâne soigneusement enrubanné. Il pose au milieu de rien, comme suspendu, et cette absence d’arrière-plan a donné lieu aux montages les plus fantaisistes. Il est hors du temps, hors de l’espace, portrait iconique, entre le prophète, l’ange et le martyre.
Son visage un tout petit peu tourné vers la gauche et ses lèvres très légèrement entrouvertes suggèrent que l’appareil photo l’indiffère et qu’il est prêt à s’adresser aux fidèles. Il y a de la sérénité dans son regard doux, de la conviction dans l’arc tracé net de ses sourcils noirs.
Mais le plus flippant dans tout ça, c’est qu’il ressemble terriblement — nez excepté — à mon ex. Les yeux surtout, leur arrondi un peu lâche, et cette douceur qui suggère une blessure lointaine, ses iris couleur noisette : il a l’air gentil.
Mon ex avait une barbe bien plus courte cependant.
Il paraît qu’aujourd’hui la barbe inquiète. Moi je la trouve plutôt sympathique, moins inquiétante, en tous les cas, que les mentons rosés-pelés qui surplombent cravates et chemises militaires. Et je ne parle même pas des flics.