Depuis qu'Oussama Ben Laden est mort, je n'ai pas vu grand monde.
Ou plusieurs fois cet homme devant la poste : il est debout sur une caisse, vêtu d'habits jaune métallisé, y compris la figure et les mains de la même couleur. Du moment qu'il a pris une pose, il bouge le moins possible ; il ne soulève pas la poitrine plus que nécessaire, remue à peine la tête si quelqu'un, souvent un gosse, jette une pièce dans la soucoupe. Sauf que lui, à bien y regarder, n'essaie pas spécialement de rester immobile. On le voit plier les articulations engourdies, assouplir certains muscles, trop peu à l'aise pour dissimuler quoi que ce soit. Il semble indiquer là où ça lui fait mal, n'hésite plus à pousser une plainte, s'il faut, ou à s'éventer, s'il fait chaud, à l'aide de son chapeau peint. Peut-être que l'homme de laiton a franchi une étape dans cet art difficile, quoiqu'il conserve sa panoplie, la housse à fermeture-éclair où il glisse l'ensemble à la fin.
La dernière fois que je l'ai vu, il portait à nouveau les bottes lunaires, la paire de lunettes assortie au reste, peu sûr quant à sa mue, inquiet dès qu'un passant allait s'attarder. A croire qu'il craignait de changer de rôle (presque dix ans, paraît-il, qu'il l'exerce), s'exécutait à son corps défendant, souhaitait quand même qu'on lui fiche la paix avec tout ça.