Le flot monte, il descend, entre deux un suspens où l’eau semble immobile sur un champ de braises et frissonne.
Le sommeil allait et venait entre la fenêtre et mon lit, l’humidité de l’air gagnait les draps, le rêve ou toute autre chose de même nature qui habite la tête durant la nuit m’avait réveillé et j’avais sommeil et j’avais peur un peu peur et puis très et j’ai entendu alors et écouté les vagues qui s’étendaient sur le sable il n’y avait pas de rochers, sur le sable, dans cet aller et retour déroutant, ce chuintement, et comme j’écoutais maintenant avec attention le flux et le reflux prenaient de l’ampleur là-bas et dans la chambre entre mes tempes, l'intensité de la perception faisait reculer la peur qui à l'inverse des vagues s’éloignait pour ne pas revenir, pour ne pas encore revenir, je me levais et quittais le lit, marchais sur le sol frais, je m’accoudais à la fenêtre, voilà, c’est le premier geste du matin et tandis que le regard à l’horizontale j’essayais de voir la mer qu’on ne pouvait voir mais que j’entendais de plus en plus, du bas de l’immeuble est montée l’odeur invraisemblable du pain qui cuisait dans le four et très attentif le regard baissé maintenant, le regard baissé et les yeux fermés, j’observais le chuintement et le parfum se mêler pour ne faire qu’un bientôt avant de disparaître déjà.
Jean-Jacques Bonvin