Affiche sur asphalte
Jean-Luc Schumacher 

 

Editorial

Octobre 2008

coaltar se veut « littéraire ». Le terme est ici employé faute de mieux puisqu’image et son y seront aussi présents que les textes écrits. On comprendra que « culturel » soit sans autre écarté puisque propriété des ministères et des start-up.

La ligne directrice de la revue n’est pas définie par une proclamation préalable, un manifeste ou une œuvre de référence. Il y a danger dans la mesure où cette démarche relève essentiellement du désir et que la volonté d’offrir une pluralité de points de vue implique de placer la barre assez haut sans vraiment connaître la hauteur des montants. Les numéros successifs devraient permettre d’en savoir plus, ne serait-ce que sous la forme d’un filigrane.

« I discovered that my own little postage stamp of native soil was worth writing about and that I would never live long enough to exhaust it… »* On a beaucoup cité cette remarque de Faulkner sur Yoknapatawpha, transposition littéraire de son Mississippi natal. Si nous la reprenons, c’est pour couper court aux questions d'« identité suisse romande » : coaltar écrit depuis la Suisse d’expression française (où se côtoient toutes les langues de la planète), pas sur celle-ci, dont les mérites et les symptômes ont été déployés ad nauseam depuis le milieu du siècle dernier. En matière de perception et d’expression, l’une de ses particularités est le ton de ce qui s’y écrit. Le baroque y est rare, comme l’est la préciosité. Ce qui souvent prédomine est une forme de pesante mélancolie, de modestie, voire de timidité ontologique. Comme si le respect de la langue se mêlait à la crainte de la froisser. Les grandes exceptions — Bouvier, Lovay, Velan et autres — sont pour nous des références.

La « fiction » côtoiera la « théorie », l'expérience alternera avec le coutumier. Ce qui est cherché n'est pas le mélange des genres en tant que tel mais celui des pratiques, dont ce texte de Pessoa peut offrir une approximation.

 

Jean-Jacques Bonvin

(* Contexte : « A partir de Sartoris, j’ai découvert que mon propre petit timbre-poste de terre natale valait la peine de l’écriture, que je ne vivrais jamais assez longtemps pour l’épuiser, et qu’en sublimant le réel en apocryphe, j’aurais l’entière liberté d’employer pleinement tout le talent que je pouvais avoir. Cela m’ouvrit une mine d’or de personnages : c’est ainsi que je me suis créé un univers bien à moi. »

in Romanciers au travail, Gallimard, 1967)