A. Humerose
Editorial
Novembre 2008
Pour certains d’entre nous, moineaux enduits de coaltar et comme cloués au sol — disons plutôt, pour faire parler le poète, « exilé[s] sur le sol au milieu des huées » — le moindre mouvement est spectaculaire. Battre de l’aile aussi est un signe valeureux : au royaume de l’inertie, toute vitalité relève du prodige. Empêtrés dans quoi qui colle aux plumes (substrat des jours ouvrés, marée marchande, mélancolie), nous sommes quelques-uns à piailler de concert.
Pierre Michon, qui n’est sans doute pas le plus gauche des albatros, posait il y a quelque temps ce diagnostic à propos des auteurs : « Les écrivains, peut-être particulièrement aujourd’hui, sont des espèces de monades vaticinantes, isolés chacun sur leur pente, qu’ils dégringolent comme ils peuvent. » On voit ce dont il est question. Il est question de pentes qu’on avale seul sur les genoux ; de prêches insensés et acrobatiques, prononcés sur des pentes inéluctables. Mais j’élargirais volontiers le constat à l’ensemble des mortels, car rien ne distingue vraiment les écrivains, soyons francs, des autres farceurs — cyclistes et golden boys, Rolling Stones, vacataires — toutes espèces dégringolantes. Dès lors, je ne vois pour amortir les chutes individuelles qu’une foule de semblables amassés — tous individualistes peut-être, mais amassés comme sacs de sable, barricades, blocs — sur les déclivités quotidiennes.
Or, qu’attendre d’une revue littéraire si ce n’est des relances — j’allais dire des « décharges » — , fussent-elles électroniques et virtuelles, pour pallier l’indifférence qui tue ? Stimulations électroniques, contacts et décharges, on se croirait sur le billard. Mais après tout, il s’agit peut-être de cela : éviter les fibrillations ventriculaires, lesquelles surviennent aussi, j’en suis sûr, par esseulement et anéantissement total du sentiment collectif.
Marc Van Dongen
Editorial d'octobre 2008